vendredi 19 juillet 2013

Hier soir, j'ai pris ma douche avec une coquerelle.

Pas étonnant. Elles se comptent par dizaines dans le centre communautaire. Et elles ne sont pas seules...

En venant au Sénégal, j'acceptais de faire face à la faune d'insectes et de plus gros insectes qu'offre le climat. L'effet de ces petites bêtes a quelque chose de positif: elles unissent tout le groupe contre la menace, instaurant parfois la peur chez l'un, le courage chez l'autre, et même la pitié parfois (oui, nous avons un pro-environnementaliste dans notre groupe, qui me fait réfléchir aussi à notre pouvoir humain de tuer ces petites bêtes).

Je me dois de raconter la nuit qui a suivi la première pluie. Sans tenter d'expliquer le phénomène, je dirais simplement que des centaines - sans exagération - d'insectes volants se sont donnés rendez-vous à notre centre, particulièrement autour des lumières pour vivre une nuit endiablée, et y laisser leur vie. Comme rester éveillé s'avérait une dure épreuve pour nous, nous sommes rapidement allés dormir, pour découvrir le lendemain matin un cimetière d'insectes (fallait voir le coup de balai). Franchement, je n'avais jamais vécu ça. Une petite crainte: «Est-ce que c'est toujours comme ça durant la saison des pluies?» Non, que quelques jours... Faut dire qu'après 9 mois sans pluie, il y a lieu de faire le «party».

Puis, sont apparus de nombreux insectes non identifiés, des petits et des gros, certains ont on souhaite franchement qu'ils ne puissent pas piquer. Aussi, on compte parmi nos amis de nombreuses grenouilles, des araignées à 10 pattes (!), des chauve-souris qui volent trop bas à notre goût, etc. En fait, on attend seulement les scorpions et les serpents.

Donc, hier soir, quand j'ai vu la coquerelle dans la douche, je n'ai pas bronché. Je me suis rappelé le bon dicton de ma maman, «les petites bibittes ne mangent pas les grosses!» qui m'a donné le courage nécessaire pour accomplir ma mission hygiénique. Je ne me suis même pas dépêché...

Tout ça me ramène, au point où nous entamons notre deuxième moitié de stage, à tout ce qu'on accepte de délaisser comme confort pour faire un stage comme celui-ci. Dormir dans un moustiquaire tous les soirs, manger des plats avec beaucoup d'huile (à voir: le reste d'huile au fond de l'assiette), avoir trop chaud de midi à 16h, suer en quantité industrielle chaque nuit, puiser l'eau pour remplir le réservoir (car n'allez pas penser que nous avons l'eau courante), faire son lavage à la main, survivre aux pannes de courant, etc. Tout ça sont des choses qui nous privent du confort auquel nous sommes habitués. Mais si nous sommes ici, c'est bien pour vivre des choses qui vont au delà de ce confort, et pour s'enrichir. Parce qu'au final, on réalisera bien au retour que nous sommes bien chanceux de vivre dans de si bonnes conditions, et resterons admiratifs devant ces gens qui se lèvent tous les jours à 6h00 pour aller au champs, et jeûner toute la journée durant le ramadan.

Et mis à part les bibittes, il y a les paysages qui font partis de la nature. Je m'en rappelle chaque fois quand je fais mon jogging à la tombée du jour, ou quand je regarde le coucher du soleil.



mercredi 17 juillet 2013

À quoi sert une mi-stage?

La semaine dernière (8 au 14 juillet), c'était l'étape médiane de notre voyage. Ce moment dit de décompression, où l'on quitte notre lieu de stage pour aller découvrir d'autres lieux dans le pays, et aussi pour se redécouvrir en tant que groupe. Le plan était simple: se rendre dans la région de Saint-Louis, première ville fondée au Sénégal par les Français au XVIIe siècle et ayant gardé un style colonial (patrimoine de l'UNESCO), puis revenir dans notre région dans un hôtel avec piscine!!! Ce deuxième lieu aura servi aussi à faire l'évaluation de la première moitié de stage et pour organiser la deuxième moitié, en plus de resserrer les liens du groupe avec une activité que j'ai organisée.

La première étape concerne le transport. Se rendre à Saint-Louis, même s'il s'agit seulement de 252 km, a pris plus de 5h30. Au départ, on circulait dans une boîte de pick up à travers des chemins de sable reliant les villages bien perdus. On apprendra plus tard que c'est parce que le chauffeur ne possède pas de permis de transport et qu'il veut éviter les contraventions. Quand même, ce fut un peu long...

Arrivés à Saint-Louis, nous sommes hébergés par la deuxième femme de notre partenaire (eh oui), fort sympathique mais pas tant équipé pour tous nous recevoir. Avec Laurence, je suis «obligé de dormir sur le toit de la maison, dans un moustiquaire, avec un million d'étoiles devant nos yeux. Entre vous et moi, la fraîcheur de la nuit était fort appréciée.

Saint-Louis nous fait du bien. On peut dire qu'on aura eu un peu de «tourisme urbain». On déambule, on marchande des souvenirs, on observe l'architecture et on est entouré d'eau! Car l'île de Saint-Louis se trouve à l'embouchure du fleuve Sénégal dans l'Océan Atlantique. Du coup, on a accès à l'île entourée d'eau et à l'océan et ses fabuleux couchés de soleil depuis la grande péninsule de la langue de Barbarie.

C'est justement ça qui est impressionnant, l'accès à l'eau. Dans ce pays, beaucoup d'hommes sont des pêcheurs. Les pirogues sont nombreuses et parfois immenses, et on aperçois les piroguiers partir vers 19h, tout juste avant la tombée du jour. Il paraît que c'est le meilleur moment pour la pêche...

Et que dire du coucher de soleil. Encore une fois, je me suis laissé porter par les enfants. Instinctivement, j'ai commencé à faire des scènes de karaté. Est-il nécessaire de vous dire que chaque fois qu'un enfant aperçoit un adulte qui veut s'amuser avec lui, il saute sur l'occasion? Alors voilà que de grands sourires s'affichent devant moi, prêt à me confronter, mais surtout à m'imiter. Je m'y mets donc. Toutes sortes de figures inimaginables y passent. Mais c'est plus intéressants avec le son. Tel un samouraï manqué, je crie. «Wakasa», «Hiroshima» «Yamaha», «Dollorama», «Kamasutra!». Tous ces mots y passeront et seront répétés par les enfants. Bizarrement, ils retiendront davantage le dernier...

Cet amusement fait du bien, et on est bien nourri chez la deuxième femme de monsieur Badiane. Nous profitons même de la plage pour une troisième fois dans l'Atlantique. Ah oui! On assiste au début du jeûne, cet épisode de 30 jours qui modifiera considérablement le rythme des gens autour de nous. Malgré tout, cette visite n'est pas de tout repos, et vivement une piscine!

Arrivés à l'hôtel, on sent qu'on va un peu s'arrêter. Le hic, c'est qu'on aussi besoin de rigoler le soir et de s'amuser, ce qui nous enlèvera quelques heures de sommeil. On y arrivera quand même. Mais ces niaiseries que nous ferons nous apportera beaucoup de joie et d'unicité. Avec un moment spécialement réservé pour la discussion, où chacun s'exprime sur plusieurs sujets et émotions ressentis depuis le début du stage, le groupe évolue grandement. Pour ma part, je considère cette étape essentielle, car je sais que le contexte interculturel, loin de chez soi et dans un contexte de travail nous occulte parfois la beauté des gens qui nous entourent.

Et il semble unanime que ce moment ait permis à chacun de redécouvrir les autres. Moi, je me plais à imaginer que nous sommes allés chercher un grand rayon de soleil pour le ramener à Fissel...


dimanche 7 juillet 2013

La communication interculturelle

La communication, je dois dire, s'avère un des principaux défis de mon voyage. C'est d'autant plus vrai que j'ai un rôle de coordonnateur, où la communication s'avère cruciale entre les différents partenaires et acteurs. Que ce soit dans la façon de parler, dans le ton, le vocabulaire ou le sens des mots, la difficulté est bien présente car la différence y est.

Je me suis fait une remarque intéressante - je crois. D'abord c'est réellement la première fois que je me retrouve dans un pays où je ne comprends absolument rien à la langue (quand il ne parle pas français). Pour communiquer, mis à part les salutations - sur lesquelles nous nous efforçons d'en apprendre les nombreux rudiments - ce sont les Sénégalais qui utilisent leur deuxième ou troisième langue (le français) pour parler avec nous. Nous maîtrisons donc mieux qu'eux la langue de communication, et devons trouver des moyens de se faire comprendre avec des mots qu'ils connaissent. Cela est l'inverse de ce que je suis habitué, c'est-à-dire d'utiliser ma deuxième ou troisième langue pour parler avec des gens qui utilisent leur première langue (l'espagnol par exemple). Dans un certains sens, la deuxième option est beaucoup plus difficile.

Car c'est de là que naissent une tonne ambiguïtés et d'incompréhensions. Les exemples en témoignent. Quand on pose une question, ils répondent «non» pour continuer par l'affirmative. Surpris au début, on ne sait plus quoi penser. Le fameux «Y'a pas de problème» revient également très très souvent, même si nous discutons justement d'un problème à résoudre. Mais un problème sur lequel tout le groupe s'accorde, c'est le fait que tout le monde répond par l'affirmative à presque toutes nos questions. Un exemple qui laisse parfois pantois: «Est-ce que tu sèmes tes semences cette semaine ou la semaine prochaine?». Réponse: oui.

Ce manque de compréhension non exprimé nous pousse donc à corroborer chaque réponse obtenue auprès d'une seconde ou d'une tierce personne. Inutile de vous dire que cette démarche est parfois prenante...

Mais la communication interculturelle a lieu à tous les niveaux. Quand on s'entend sur un rendez-vous, ils ne peuvent s'empêcher d'ajouter le fameux «Inch'allah» (si Dieu le veut). Pour nous, le doute est là, mais tranquillement, on comprend que la volonté y est, mais que l'attachement à Dieu reste en tout instant. Pour les heures de rendez-vous, c'est l'Afrique, alors tu sais que tu attends, mais pas pour combien de temps. Quoique je dois dire que certains sont très surprenants.

Après, la communication a lieu à tous les niveaux, alors les défis se présentent à tous les niveaux. L'argent, l'information de toute sorte, la logique, la façon de faire, tout y passe. Et les relations amoureuses... Je termine mon article sur un exemple récurent et cocasse à cet égard.

Par exemple, un homme m'accoste en me disant «Gabriel, tu veux une femme Sénégalaise?». Oh! surprenant, mais fidèle a moi-même, je réponds sincèrement en disant: «Merci, c'est gentil, mais j'ai déjà une copine.»
- Ah, mais les filles sénégalaises sont jolies!
- Oui d'accord, mais pas aussi jolie que ma copine (ça c'est sûr!) et je suis un homme fidèle.
- Mais tu es marié?
- Non
- Alors tu peux avoir beaucoup de copines... et même plusieurs femmes!
- Comment vous expliquer, je suis monogame et incapable d'aimer plusieurs femmes.

En effet, il est difficile d'expliquer cette vision à un musulman. Nous avons d'ailleurs rencontré quelques hommes qui ont plusieurs femmes, mais leur défi consiste à les faire vivre dignement et à assurer une bonne entente entre celles-ci (car elles habitent parfois sous le même toit). Dans une telle discussion pour tenter de comprendre, on m'a répondu «Ici, il faut gérer la femme...». «Oui», acquiesçai-je cette fois en plein désaccord intérieur. Mais le but était de ne pas me lancer sur une discorde. Après, une grande question à poser serait de leur demander quelle est leur conception de l'amour, qui ne semble pas exclusif du tout, ni visible en public...

samedi 6 juillet 2013

Marchander au Sénégal

Au Sénégal, comme dans plusieurs pays du Sud, il faut négocier pour obtenir un bien à un prix respectable. Je crois déjà en avoir parlé dans un autre article, mais un événement récent me souligne l'importance de le mentionner à nouveau. Car rappelons que ce n'est pas seulement l'homme blanc qui doit négocier, mais ils le font aussi entre Sénégalais.

Donc, jeudi le 4 juillet, nous nous rendons au marché Mbafay, en charrette (donc, lentement mais sûrement, et au prix de quelques bosses qui raffermiront nos fesses). Notre objectif: acheter 200 kilos de semences d'arachides, qui serviront à encourager Maissa, notre animateur-interprète du groupe, qui est aussi agriculteur, pour tenter de l'aider à avoir une autonomie financière. Nous achetons donc des semences certifiées de base, dites certifiées, pour qu'ils puissent récupérer les semences à la fin de la récolte pour les replanter l'année suivante. Ce sont des semences plus performantes en quelque sorte.

Nous arrivons au marché assez tôt, car il a plu la veille et nous savons que tout le monde se précipite pour acheter les semences, pressé de semer justement (on en voit d'ailleurs déjà au travail sur notre chemin).

Ici, essayez de vous conceptualiser un aménagement chaotique, ou tout le monde est installé à sa façon avec ses sacs d'arachides, avec un unique passage où on ne comprend pas comment une charette arrive à avancer.

C'est fait? Vous avez une image? Dites-vous que c'est pire, qu'il faut constamment enjamber des dames et leur sac pour parvenir à une autre, qu'aucune enseigne, aucun prix, aucune information lisible (de toute façon, elle ne serait utile que pour une minorité). Étonnamment, nous trouvons rapidement ce que nous voulons, mais en quantité insuffisante. On pèse le tout? Non, il faut transvider d'un sac à l'autre avec une boîte de conserve (un demi-kilo selon eux). Donc, pour le premier achat, ce sont 87 kilos - 174 mesures de boîte de conserve - transvidé d'un sac à l'autre.

Long.

Ensuite vient la recherche d'autres semences. Quand on pense avoir trouvé, ça discute longuement, et Maissa m'informe qu'il négocie le prix avec son oncle. Ça parle, ça parle, je ne comprends rien, je ne comprends rien. Après plusieurs minutes, on part pour aller à une autre parce qu'elle ne voulait pas baisser le prix. Bon, me dis-je. Et cela continue pendant plus d'une heure, à la chaleur et à l'odeur de transpiration tout de même assez forte pour être mentionnée ici.

Les autres partent faire des achats, je reste avec Maissa. Je suis déjà épuisé. C'est 30 minutes - au moins - plus tard que nous revenons à la première dame qui nous vend les arachides qui nous manquaient. On a tourné en rond!

Maintenant, regard nord-américain: quand on y pense, ce manque d'organisation fait perdre temps et énergie à tout le monde. Aucun prix fixe, aucune information visible, aucune organisation. C'est incroyablement n'importe quoi, si je puis me permettre. Et quelle journée affreuse pour ces vendeuses qui y passent la journée au plein soleil... Pour moi, ce fut une expérience exténuante, et j'avoue qu'à certains moments je poussais un peu pour que les choses s'accélèrent.

Quelle compréhension? Évidemment, l'aide de la municipalité aidera à l'organisation du marché. L'alphabétisation permettrait d'y voir plus clair plus rapidement. La normalisation des prix faciliterait les échanges. Oui, mais que peuvent-ils bien faire, concrètement? Effectivement, le manque de financement et de ressources sont une explication claire.



Toujours est-il que nous sommes revenus avec 4 sacs de semences (un peu moins que prévu) sur la charrette, et nous assis dessus. Nous savons très bien que nous aurons encore et encore à négocier, surtout quand on sait qu'on négocie même pour du poisson. En plus, la mi-stage arrive, avec un transport jusqu'à Saint-Louis (ville coloniale au Nord) qui devra aussi être négocié et tous les achats souvenirs que nous ferons là-bas. Imaginez...



lundi 24 juin 2013

Le contexte de notre stage

Amener 6 stagiaires et un accompagnateur dans un village comme Fissel nécessite beaucoup de préparation. Il faut en effet justifier notre présence pour le programme ministériel Québec sans frontières que les actions que nous poserons répondront à des besoins propres à la population locale. Dans notre cas, au Québec, c'est le Comité de Solidarité Trois-Rivières qui organise l'ensemble du stage. Ce dernier a fait un partenariat avec l'École Supérieur d'économie appliquée de Dakar, qui elle fait régulièrement des stages terrains pour ses étudiants universitaires. À Fissel, plus précisément, c'est le Conseil de la communauté rurale qui s'assure de notre accueil et de notre hébergement dans le Centre de ressource communautaire, un lieu relativement propre, mais rustique.

Le centre communautaire: le toit offre une belle vue!
Alors nous sommes ici, logés en groupe. Notre objectif est de comprendre plusieurs dynamiques du milieu, et tenter de structurer les initiatives locales, ou alors d'en initier d'autres. Mais pour cela, il est nécessaire de comprendre un peu la dynamique sociale de Fissel. D'abord, il faut comprendre que les 36 000 habitants de Fissel sont répartis dans 28 villages différents, en plus de la région centre. En arrivant, nous nous sommes fait dire que la majorité des habitants de Fissel sont des agriculteurs, qui cultivent principalement du mil - une céréale qui constitue la base de l'alimentation ici - et l'arachide - destinée à l'alimentation de la famille, des animaux et à la vente lorsque à récolte le permet. Il est facile de constater qu'il n'y a pas beaucoup d'autres emplois ici, à voir les quelques boutiques (épiceries sommaires), les deux restaurants (ne vous faites pas d'idées de grandeur), la quincaillerie, les soudeurs qui travaillent en plein air, les ébénistes, la pharmacie, la banque (!) et le salon de coiffure, qui sert aussi de discothèque du village.

Pourtant, l'hivernage (la saison des pluies, car hivernage n'a rien à voir avec le froid) dure très peu de temps, soit de juillet à septembre. C'est durant ces trois mois que tombent environ 500 millimètres de pluie. Après cette période, rien, niet, niente, nada, zéro. C'est la sécheresse jusqu'à la prochaine pluie. Pourtant, en ce moment, les arbres montrent de plus en plus de feuilles. Sentent-ils que la pluie reviendra sous peu? Ou est-ce que la timide rosée du matin que j'ai aperçu hier leur suffit pour grandir?

Les greniers qui conservent le mil durant l'année
Donc, trois mois de pluie, ça ne fait pas une grande saison d'agriculture. C'est pourquoi les gens ici attendent la pluie avec impatience (alors que nous on fait des paris sur la date de celle-ci... pas d'allure les toubabs) pour pouvoir semer l'arachide et travailler fort jusqu'à la récolte, au mois d'octobre. C'est durant ce seul moment que les agriculteurs peuvent gagner leur pain, à moins d'avoir un autre petit boulot, d'avoir une pompe motorisée à partir de leur puits ou de faire de la culture maraîchère. Une fois la récolte terminée, ils doivent garder le mil dans des greniers qu'ils construisent eux-même en vue de leur consommation personnelle. Où nous sommes, c'est la bordure du désert sahélien. La région est affectée par des problèmes de désertification et de salinisation des sols, ce qui affecte grandement le rendement de leur champ. Sans croire que nous pouvons régler tous ces problèmes, nous tentons de réfléchir à quelques solutions, d'abord en les consultant.

Visite d'un foyer amélioré: bouse de vache, argile et paille.
Les femmes prennent un rôle particulier ici. Elles font beaucoup. Si elles ne ramènent que rarement l'argent à la maison, ce sont elles qui vont chercher l'eau et le bois (parfois très loin), tôt le matin, pour subvenir aux besoins de la familles. Le bois sert à faire la cuisine en plein air. un projet de l'an dernier était justement de contribuer à étendre le savoir quant à la construction de foyer amélioré, qui réduit la consommation de bois, accélère la cuisson et diminue la quantité de fumée. Notre rôle est donc de tenter de faire un bon suivi et de s'assurer que le savoir continue à se transmettre. D'autres visées de structuration du groupe de femmes sont à venir, mais là, il faudra attendre des développements pour en dire plus.

Un autre projet ambitieux et motivant que nous avons est d'étendre le réseau d'aqueduc de Fissel en ajoutant une borne fontaine qui distribue l'eau aux gens du quartier. Mais le projet s'avère réaliste, et nous avons aujourd'hui (24 juin) constaté que ce n'était pas si compliqué. Reste à trouver l'endroit prioritaire, qui peut être justifier, et sensibiliser la population pour que tous mette la main à la pâte - ou la pelle dans le sable - pour creuser et poser la tuyauterie. Excitant comme projet!

C'est tout ça qui occupe nos journées, en plus d'alimenter nos réflexions sur la compréhension de la culture locale.




mardi 18 juin 2013

Le mariage au village

Dimanche le 16 juin, nous avons été invité à un mariage dans un des 28 villages de la communauté de Fissel. Par village, j'entends un assemblement de trois cases, dans chacune desquelles vivent ensemble quelques familles. Pas d'eau courante, ni de puits à l'horizon, pas d'électricité non plus. Mais pour le mariage, on a fait venir une génératrice et un système de son plus gros que nécessaire (et qui jouait plus fort que nécessaire, un syndrome des pays du Sud je crois). Notons tout de suite qu'au niveau musical, il est parfaitement de circonstance de faire jouer deux musiques à la fois, l'une électronique et l'autre avec les tambours (on a jamais su s'ils suivaient réellement un rythme d'ailleurs).

Nous nous rendons donc vers le lieu dit à pied, alors que deux des nôtres sont plutôt à une réunion avec le centre médical en vue d'un projet de plantation d'arbre et d'un potentiel panneau solaire. La route est belle, et chaude (nous sommes habillés en long pour l'occasion). C'est le festival de photo avec des baobabs, et on tente de reproduire ce que voient nos yeux dans la lentille de notre caméra. Mais on se rend bien compte que le paysage et sa beauté ne se transmette pas qu'en image. Il faut y être.

Dommage, car j'aurais voulu partager ce paysage, cette sensation d'infini devant le sable abondant et partout où l'on regarde, où l'on marche. Seules des traces de pneus des charrettes tirées par des chevaux ou des ânes oriente le marcheur en définissant timidement des chemins dans toutes sortes de direction. Les arbres sont aussi présents dans le paysages, ne prenant pas trop de place, mais juste assez pour pouvoir admirer chacun d'eux. Ils ont de l'espace, beaucoup plus que dans ma forêt québécoise!

Nous arrivons au mariage. Sans avoir le temps de faire le tour ou d'admirer les lieux, une troupe de 50 ou 60 enfants se dressent devant nous, attendant je ne sais quoi. Ils sont là, admiratif et curieux devant cette différence de couleur d'épiderme, devant cette surabondance de pilosité peut-être dans mon cas, et devant ces lunettes soleil que nous portons, à leur différence bien entendu. Chacun d'eux à les yeux grands ouverts et les dents bien affichés grâce à un grand sourire sincère.

La situation est surprenante, et nous déstabilise.

La musique joue, les femmes dansent et chantent, alors que de l'autre côté les hommes attendent leur musique (oui, les hommes et les femmes sont séparés pour le mariage). Nous nous habituons au regard des enfants, et ma flamme d'animateur se manifeste. Je scrute le regard des enfants et m'arrête sur un en particulier. Je commence à imiter ses gestes. Ça le fait rire, et ses amis aussi. Ces derniers commencent à le bouger dans tous les sens, et j'imite le plus précisément possible tout ce qu'il fait. Des fous rires éclatent, mon coeur se sent bien. Je communique par le geste, car la langue me fait défaut.

Ce jeu dure un petit moment, pour qu'ensuite un autre se mette à danser devant moi. Je le défis donc, et tous les autres qui viennent au milieu du cercle. En dansant comment? N'importe comment, en tapant les pieds le plus rapidement possible et en envoyant un peu de sable partout. Il me semble que c'est ainsi qu'ils dansent eux aussi. Mais la magie m'emporte, et me voilà que c'est le bassin qui se laisse aller, et mon visage change d'expression. Le succès est si fort que les rires prennent la place de la musique. Pour la finale, j'imite le poisson avec un visage qui leur parait si effrayant qu'en m'approchant d'eux, tous recule et finisse par tomber au sol.

J'ai créé le chaos, pour un instant.

Revenons à la cérémonie. La mariée arrive ensuite, non pas en limousine, mais dans une très vielle peugeot blanche au pare-brise qui tient grâce à du tape transparent, de peine et de misère. J'aurais donné 100 km à vivre à la voiture. Mais ça semble parfaitement adapté à la situation. La mariée débarque, et 4 femmes s'approchent d'elle, disant des prières que j'aimerais bien vous traduire, se prosternant et en lui mettant des billets de 1000 francs CFA (2 dollars) dans les cheveux. «C'est signe de support et de prospérité», me dira-t-on plus tard. En fait, cette fille, qui a environ 18 ou 19 ans (personne ne le sait vraiment) vient de Dakar et ne connait pas trop les gens présents.

Le temps passe, et après des petits tours de magie exécutés par Josuah, un stagiaire, qui ont bien fait d'impressionner les enfants, la mariée s'approchent de nous pour prendre une photo avec nous. «C'est signe de propérité, ça porte chance», me dira-t-on ensuite. Les toubabs, des porte-bonheur?

La fête continue, et au moment de notre départ, car nous avons mal aux jambes à force d'être debout (on ne comprend vraiment pas ces femmes qui sont debout depuis beaucoup plus de temps que nous), tout le monde s'attroupe autour de nous, enfants et adultes, comme s'ils s'étaient dit: «Allons faire danser les toubabs, on va bien rire». Et on a bien rit.

Chemin du retour: soleil couchant, on est bien heureux de ce qu'on a vécu. On est chanceux.

dimanche 16 juin 2013

L'arrivée du groupe :: changement de perspective

Ce message aurait dû être écrit beaucoup plus tôt. Si je l'écris aujourd'hui, c'est que je commence à avoir un peu de temps libre, car justement le groupe est mieux installé et disposé à travailler. C'est donc le 2 juin que 5 de mes 6 stagiaires sont arrivés à Dakar (le 6e restera à Paris jusqu'au 6 juin en attente d'un visa... petit pépin oui). Immédiatement, la perspective change: je ne suis plus le seul blanc à se promener en ville.

Un groupe en voyage, c'est tout une dynamique. La gêne face à l'étranger disparait en partie, car on sait que si l'on fait un faux pas, nos semblables sont là pour nous comprendre. On se fait regarder plus, mais l'attention n'est plus dirigée vers une seule personne. Enfin, on peut renouer avec nos référents culturels, et parler normalement à la limite.

Mais ce qui m'a étonné le plus, c'est cette volonté de comprendre entre nous la société dans laquelle on baigne. À peine une journée après leur arrivée, de grosses discussions étaient entreprises pour tenter de comprendre l'homme sénégalais, sa culture, sa façon de faire. Je décèle là aussi le risque de voyager en groupe: interpréter plutôt que questionner.

Quelques jours à Dakar ont suffi pour avoir un aperçu de cette société. Après la visite du centre ville, d'une coopérative de femmes qui vend du savon, du marché pour faire d'énorme prévision en vue de notre installation à Fissel (et quelle expérience) de la plage publique de N'Gor et de l'arrivée de notre sixième élément, le groupe était plus qu'impatient de se rendre dans la communauté d'accueil, à Fissel.

Sommes-nous réellement parti avec cet autobus?
Je me dois de spécifier que 145 km de route au Sénégal, c'est suffisant pour vider l'énergie des stagiaires - surtout des gars. Une fois installé dans le centre communautaire, la sieste et le repos était de mise dans cette impressionnante chaleur que nous adoptions pour la première fois, et qui nous accompagnera pendant 2 mois.

Un groupe comme celui que j'accompagne est exceptionnel. Les fous rires s'enchaînent, et les différences de chacun semblent enrichir l'ensemble du groupe. Pour ma part, je tente de m'assurer que la bonne entente reste, et que tout le monde trouve sa place dans le groupe: tel est le bon travail d'un accompagnateur! Dernièrement, nous avons fait des sous-groupes de travail, pour l'accomplissement de différents projets. Je peux dire que c'est réellement parti. La motivation est là, et moi je peux maintenant faire mon lavage...